Pour reprendre les dires d’un collègue dans un de ces articles (Patrick Chataignier, http://www.devoteamblog.com/toutes-categories/telecom-medias/internet-issues-mars-2009 ) « La réponse la plus appropriée à la résolution du problème du piratage viendra d’un équilibre à trouver parmi tous les acteurs impliqués. » C’est sur ce point que repose tout l’avenir du modèle économique d’internet. Les internautes font clairement partie de ces acteurs et tant que les majors, les distributeurs, etc. ne les prendront pas en compte, ils feront indéniablement fausse route, tel un poisson remontant le fleuve à contre-courant.
Les acteurs luttaient ainsi contre le téléchargement en attaquant les Napster, Emule, DC++, limitant l’utilisation des CD à l’aide de protections anticopie ou de DRM. Tout ceci pour lancer, bien plus tard, des plateformes légales, chères et contraignantes (AAC, DRM) au moment où les téléchargeurs se sont tournés vers d’autres formes de piratages. L’une d’entre-elles a toutefois eu un impact beaucoup plus important qu’il n’y parait et a peut-être fourni, grâce à l’évolution de la bande passante, la première étape vers le futur modèle économique que nous attendons tous. Je parle du streaming/lecture en continu.
Le streaming permet de visionner un contenu en direct à l’aide d’un espace tampon et à l’avantage, après visionnage, de ne pas laisser de trace (tout du moins, de ne pas avoir un fichier en dure sur le PC). Les personnes ne voulant pas se faire prendre ou ne voulant plus attendre la fin d’un téléchargement se sont automatiquement tournées vers ces plateformes. Les débits étant encore assez faibles, les plateformes étaient principalement des sites d’écoute de musiques, mais étaient toujours illégales.
Les réactions des acteurs ont été plus rapides que pour le peer to peer et beaucoup plus adaptées (en comprenant un peu mieux le besoin des internautes). C’est ainsi que nous avons pu voir l’apparition des premières plateformes légales et surtout gratuites d’écoute de musique (Deezer par exemple). Ceci grâce aux sites qui ont écouté les besoins des internautes et réussi à obtenir les accords des majors et de la SACEM. Cette étape marque un premier point dans l’évolution du modèle économique et donne une bonne vision des attentes des internautes. Du contenu disponible (sur PC et portable grâce à la 3G) et gratuit (le système de rémunération se faisant grâce à la pub).
Avec l’augmentation des débits, il était normal que le streaming s’attaque à la vidéo. Avant de continuer, il faut distinguer les 3 types de vidéos les plus téléchargés. Nous avons les films, les séries et les animés. Il faut aussi prendre en compte les délais de mises à disposition de ces supports sur le territoire français. Eh oui, le pirate multimédia est quelqu’un d’assez impatient, il télécharge les films enregistrés par des caméras en salle, il télécharge les séries étrangères ou les animés japonais pour les regarder en VOSTFR. Avec l’arrivée du streaming, le pirate multimédia ne télécharge plus ces supports, mais les regarde directement sur internet.
Les acteurs ont donc été obligés (là encore) de développer leurs plateformes payantes de VOD (Video On Demand) et de fournir les contenus précédemment cités. Une nouvelle étape est encore franchie, ces médias peuvent se louer sur internet. Certains acteurs ont essayé de se démarquer et le groupe M6, par exemple, propose une offre de streaming gratuite pour visionner les séries, les fictions, les émissions ou les dessins animés qui ont été diffusés dans la semaine sur la chaine. Une sorte de magnétoscope pour ceux qui auraient oublié d’enregistrer ou de regarder leurs émissions favorites.
Voilà ou nous en sommes aujourd’hui sur les offres multimédias. Au moment où les grandes discussions sur le téléchargement s’opposent en deux camps, l’un pour Hadopi (système répressif, les internautes sont là encore mis de côté) et l’autre pour la Licence globale (système ouvert et maitrisé), les mesures et les offres déployées sur la toile penchent clairement vers un modèle proche de la licence globale. Deezer, M6 replay, les plates-formes VOD en sont les exemples. Et cela ne cesse d’évoluer.
En effet dernièrement une nouvelle offre a vu le jour. Nous la devons au monde de la Japanimation et remercier les acteurs pour leur initiative. On peut comparer la Japanimation (pour ceux qui ne connaissent pas) aux séries américaines. Toutes les semaines des épisodes d’une série sont diffusés sur les chaines locales et très rapidement (en général le lendemain), on retrouve l’épisode en VO en téléchargement sur la toile. Des équipes de sous-titrage y ajoutent alors des sous-titres et rediffusent l’épisode sur le net. Tout ceci est bien sûr illégal, car seul le distributeur qui détient la licence de la série est autorisé à la diffuser. TF1 voyant que ses séries à succès étaient énormément téléchargées (le pirate comme je l’ai dit plus tôt n’aime pas attendre 1 an pour voir la suite de la série) a mis en place sur sa plateforme de VOD (payante) les épisodes en VO STFR, 24H après leur diffusion.
Pour la Japanimation, le distributeur Français DYBEX a été encore plus loin et a enfin répondu aux attentes des internautes fans de Japanimation.
Une nouvelle série a succès et en-cours de diffusion au Japon. On pourrait comparer cette série (en terme de popularité) à Dr House, How I Meet Your Mother, Lost, Heros ou encore NCIS. DYBEX, pour anticiper les téléchargements, a obtenu la licence de diffusion en France quasiment en même temps que le distributeur japonais. Ceci lui permet de mettre à disposition toutes les semaines, les épisodes en VOSTFR sur Dailymotion. Les épisodes ne sont pas effacés, il est donc possible pour ceux qui ont raté les premiers épisodes de rattraper leur retard. La diffusion est donc gratuite, légale et les ayant droits rémunérés sur le même modèle que pour la musique (merci la pub).
Une page spéciale a été créée sur Dailymotion et un site web créé pour l’occasion.
L’équilibre entre les différents acteurs a clairement été trouvé et les résultats sont là. J’ai surveillé cette série au commencement de sa diffusion au Japon et beaucoup de sites illégaux français se sont mis à diffuser les épisodes sur les Peer to peer. À partir du moment où l’initiative de Dybex a été connue et s’est propagée sur la toile, les sites qui diffusaient les épisodes ont automatiquement arrêté leurs activités et ont redirigé les personnes sur le site officiel. Le distributeur y trouvant son compte, les ayant droits étant rémunérés et l’internaute pouvant regarder sa série en toute tranquillité.
Le modèle fonctionne et donnera peut-être l’exemple aux autres distributeurs. On pourra alors répondre, à Luc Besson qui juge les offres de streaming dangereuses et Philippe Capron (Directeur financier de Vivendi, Maison mère d’Universal Music et de SFR) qui déclare que la Fibre optique ne « sert à rien » et ne peut qu’encourager le piratage, qu’ils ont tord. L’exemple de Dybex le prouve, le streaming a un avenir s’il est bien maitrisé et que les offres correspondent aux besoins. Et le déploiement de la fibre optique ne peut qu’améliorer ces services avec la mise en ligne par exemple de contenu interactif ou en HD.
Attendons encore un peu et espérons que prochainement nous pourrons regarder, sur le même principe, nos épisodes favoris et voir même regarder les films sur internet en même temps que leurs sorties au cinéma (même s’il faudra pour cela un grand nombre de changements).
Le site d’écoute en ligne de musique http://www.deezer.com/fr/
Le site du distributeur DYBEX http://www.dybex.com/index2.cfm
Le site de l’animé http://www.fma-brotherhood.net/ .
Le lien vers la page Dailymotion de l’animé http://www.dailymotion.com/video/x8xxyu_fullmetal-alchemist-brotherhood-eps_shortfilms



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