Quand la boîte rouge absorbe la boîte violette…
Fusion Oracle-Sun
Ca y est, c’est officiel : après avoir longtemps été en tractation avec IBM, Sun est rachetée par le géant mondial de la base de données Oracle. Révélée le 20/04/09, l’acquisition pour un montant total de 7,4 milliards de dollars secoue la planète IT… Quelles conséquences sur le marché ? Quid de l’avenir des investissements nombreux de Sun dans les logiciels libres ? Quelles technologies vont-elles conservées, développées ou abandonnées ? Petit tour d’horizon du nouveau géant qui vient de naître.
En attendant les validations finales de la transaction par les conseils d’administration, les deux sociétés vont continuer quelques semaines à se regarder dans le blanc des yeux. Mais Oracle n’en est pas à son coup d’essai : en effet, depuis 2004, ce n’est pas moins de 4 sociétés qui ont été dévorées par l’éditeur (PeopleSoft, Siebel, Hyperion et BEA). Ce mariage en grande pompe laisse déjà des concurrents historiques dubitatifs. En effet, HP et IBM voient déjà rouge ! SAP suit d’un œil attentif l’évolution des choses. Le plus inquiet devant être probablement Microsoft qui voit poindre à ses côtés un concurrent disposant d’une pile matérielle (serveurs, stockage) et logicielle (OS, messagerie, suite bureautique, base de données, cloud computing…) complète et donc dangereuse.
Oracle va pouvoir dorénavant bénéficier des dernières avancées technologiques de Java pour pouvoir faire évoluer son moteur de base de données et ses ERP (toute la partie middleware Oracle Fusion) ; par ailleurs, cela fait un moment qu’Oracle souhaitait réussir à entrer dans le monde assez fermé des systèmes d’exploitation : avec Solaris, c’est désormais chose faite ! Oracle devrait donc être en mesure, assez rapidement, de proposer des offres complètes matérielles et logicielles pour tout ce qui est gestion/stockage de données et/ou offres ERP.
Nul doute que c’est d’abord l’aspect logiciel qui a intéressé Oracle : tout le monde s’accorde à penser, le cabinet Gartner en tête, qu’Oracle devrait être plus à même que Sun de tirer des bénéfices des technologies logicielles poussées par Sun. Force est de constater que Sun a toujours eu des difficultés à tirer profit de ses développements et que la société était principalement pilotée par ses ventes matérielles de serveurs. Il y a fort à parier que malgré le rachat, la marque “Sun” devrait subsister, pour plusieurs raisons : tout d’abord, elle permet de pérenniser un nom bien encré dans l’esprit des gens depuis des années, avec la confiance qu’elle procure ; mais en plus elle permettra à Oracle/Sun de potentiellement développer des partenariats avec d’autres éditeurs concurrents d’Oracle. C’est un peu la technique rêvée pour pouvoir avoir les avantages sans les inconvénients.
Une des interrogations majeures suite à ce rachat provient de la communauté Open-Source, au sein de laquelle Sun a beaucoup investi (et c’est une des clés du succès de Java) : quel avenir pour les technologies Open-Source promues par Sun jusqu’à présent ? Parce que mine de rien, elles étaient nombreuses : Java, OpenSolaris, Eclipse, VirtualBox, OpenOffice, MySQL… Autant pour les premières technologies, on peut être plutôt confiant, autant pour MySQL, l’avenir est incertain : soit Oracle décide d’en faire son bas de gamme et le conserve (faisant d’Oracle 11g son haut de gamme), soit il est purement et simplement abandonné pour ne pas venir concurrencer son moteur de base de données phare. Il y a peu de chance que ce second scénario s’avère vrai, mais parfois les surprises sont de taille. Comme Oracle a, de tous temps, été une société commerciale bien décidée à vendre du bundle logicielle de plus en plus cher, quelle va-t-être la place de l’Open-Source dans sa stratégie ? L’avenir nous le révèlera !
Au niveau du matériel, la principale question qui est en suspens concerne Sparc. En effet, Solaris étant disponible depuis plusieurs années sur les processeurs Sparc et les processeurs x86, peut-être que la technologie Sparc va tout simplement être abandonnée au profit du x86, de plus en plus prédominant ces dernières années.
Toutefois, ce rachat ne se fera pas sans perte… En ces temps de « crise », les analystes de Wall Street estiment que – compte tenu des annonces et des objectifs avoués d’Oracle – environ 10 000 postes sont menacés sur les 110 000 salariés que compte la nouvelle société Oracle/Sun au total. Etant donné que jusqu’à présent, Oracle traversait bien mieux la crise que Sun (dont toutes les dernières annonces financières étaient catastrophiques), il est fort probable que la plupart des licenciements visent les salariés historiques de Sun plutôt que ceux d’Oracle…
Finalement, ce rapprochement signe l’arrivée sur le marché de l’IT d’un énorme géant aux multiples possibilités, capacités, branches et offres. Reste à voir comment les clients actuels vont digérer la nouvelle, comment vont s’adapter les contrats, comment les concurrents vont contrer ce changement de paysage…nous devrions y voir un peu plus clair dans les prochains mois !




#1 by Laurent Ruelle - June 5th, 2009 at 16:35
Concernant MySQL, Oracle à communiqué qu’il ne souhaitait pas remettre en cause la distribution d’un SGDB open source. Après l’avenir nous dira si ce modèle,ou la vitrine qu’il procure intéresse toujours Oracle dans 1 an ou 2.
Apparemment Big Red, se dirige vers un renommage de son offre à la mode Microsoft, une offre express gratuite, pouvant migrer vers une solution plus complète payante ayant le même nom, renforçant la notion de gamme de solution.